Le recrutement d’un Centre de formation demande un travail de longue haleine, très différent de celui d’une équipe professionnelle. Ancrage régional, filière fédérale, journées de détection et coordination avec le staff professionnel : Kevin Poinsot, responsable sportif du Centre de formation et coach principal des Espoirs, détaille le processus mis en place par le BBD.
Comment s’organise le recrutement du Centre de formation ?
C’est un processus très long, complètement différent du recrutement professionnel. Anthony Monset tient un rôle important grâce à son implantation régionale. Il a travaillé avec les sélections de Nouvelle-Aquitaine et de Dordogne, ce qui lui permet de suivre plusieurs générations dès les catégories U11 et U13.
Notre volonté est de recruter un maximum de joueurs locaux. Nous considérons comme local tout ce qui se trouve dans un rayon d’environ trois heures de route autour de Boulazac. L’objectif est que les jeunes du territoire voient le BBD comme la référence régionale et comme une étape naturelle dans leur parcours.
Pourquoi privilégier les joueurs issus de la région ?
Il y a évidemment un intérêt sportif, mais aussi humain. Lorsqu’un joueur habite à moins de trois heures, il peut plus facilement rentrer chez lui certains week-ends. Cela lui permet de conserver un lien avec sa famille et contribue à sa stabilité.
Nous observons donc attentivement la Nouvelle-Aquitaine, mais aussi des secteurs comme Toulouse ou Vichy. Grâce à l’A89, Vichy est finalement moins éloignée qu’on pourrait l’imaginer. Ensuite, nous élargissons nos recherches à toute la France métropolitaine ainsi qu’aux territoires ultramarins. Nous ne nous fixons aucune limite.
Quelles sont les principales étapes de la détection ?
Anthony échange avec les responsables des Pôles Espoirs et se déplace régulièrement pour observer des rencontres U15 Élite et U18. Le véritable point de départ de la saison de recrutement est le Camp Interzones U15, organisé au Temple-sur-Lot pendant les vacances de la Toussaint. Pendant plusieurs jours, chaque région rassemble une sélection de ses dix à douze meilleurs joueurs. C’est une étape majeure de la filière fédérale, qui permet notamment de repérer les jeunes susceptibles de participer aux tests de l’INSEP et d’intégrer le Pôle France. L’INSEP reste prioritaire, puis les clubs peuvent commencer à avancer sur les autres profils. Nous organisons également une détection en région parisienne, habituellement au début du mois de janvier. Cette saison, elle devrait être avancée au mois de décembre en raison du calendrier.
Vous participez aussi à des “combines”. En quoi consistent-ils ?
C’est une nouvelle forme de détection organisée par des structures privées. Une cinquantaine de joueurs peuvent être réunis sur un même site, avec huit à douze Centres de formation présents. Les jeunes passent des tests physiques, participent à des entraînements et à des matchs, et sont filmés.
Les clubs repartent avec un dossier comprenant les vidéos, les mensurations et les informations scolaires de chaque joueur. Pour les familles, cela évite de devoir effectuer un premier déplacement dans chaque club. Pour nous, cela permet d’observer beaucoup de profils au même endroit. Je pense que ce fonctionnement représente une partie de l’avenir de la détection. En dehors des joueurs de notre région, nous faisons désormais venir à Boulazac uniquement les jeunes que nous avons déjà observés une première fois.
Crédits Photo : BBD Association
Combien de candidatures recevez-vous au cours d’une saison ?
La période la plus intense s’étend de novembre à février. À partir de novembre, nous avons presque « deux saisons en une » : il faut gérer les Espoirs au quotidien tout en préparant les prochaines générations.
Pour les U18 seulement, nous pouvons recevoir plus de 500 CV. À cela s’ajoutent les contacts avec les Pôles Espoirs, les détections, les combines et les différents intermédiaires qui nous proposent des joueurs, notamment ceux venant des territoires ultramarins.
À l’issue de ce travail, nous retenons entre vingt et trente jeunes pour une grande journée organisée à l’Agora. Nous pouvons alors les observer une seconde fois dans un cadre structuré. Ensuite, nous établissons des listes en fonction des postes, des besoins de l’équipe et du potentiel de chacun, avant de formuler nos offres.
Le recrutement des Espoirs fonctionne-t-il de la même manière ?
Pour les U18, le travail de détection est extrêmement large. Chez les Espoirs, le recrutement se rapproche davantage du fonctionnement du monde professionnel. Il repose beaucoup sur les réseaux, les intermédiaires et la connaissance des équipes U18 des autres Centres de formation.
Il arrive que certains joueurs soient passés sous les radars et que nous parvenions à les recruter, mais cela reste relativement rare.
Comment travaillez-vous avec Alexandre Ménard et le staff professionnel ?
J’occupe deux fonctions différentes : je suis entraîneur des Espoirs et responsable sportif du Centre de formation. Dans ce second rôle, je supervise l’ensemble de la politique sportive et du recrutement. Je travaille étroitement avec Anthony mais, s’il faut arbitrer une décision, j’ai le dernier mot sur le recrutement du Centre.
Nous devons également prendre en compte les attentes de l’entraîneur professionnel. Alexandre Ménard est informé de l’ensemble de nos choix. Concernant les profils aspirants, il est directement décisionnaire puisque ces joueurs sont amenés à travailler avec le groupe professionnel. S’il ne valide pas un joueur, nous ne le recrutons pas. Pour les joueurs conventionnés, le fonctionnement repose davantage sur la confiance et sur des échanges réguliers. Endy intègre également cette relation de travail.
Quel profil recherchez-vous pour pouvoir évoluer avec les professionnels ?
Il faut d’abord des joueurs capables de s’opposer physiquement. Tous les jeunes ne possèdent pas la même maturité corporelle au même âge. Lorsqu’ils sont déjà matures, ils doivent savoir utiliser leur corps. Lorsqu’ils ne le sont pas encore, ils doivent au moins montrer la volonté de s’engager et de ne pas fuir le contact.
Ensuite, nous recherchons des joueurs avec un très bon QI basket. Le jeu d’Alex demande une grande capacité à comprendre les consignes tactiques, à s’adapter et à lire les situations. Les professionnels n’ont pas le temps de reprendre toutes les bases avec un jeune. Il doit rapidement comprendre ce qui est attendu de lui ou, au minimum, être capable d’appliquer précisément les consignes.
L’identité de jeu de l’équipe professionnelle influence-t-elle donc le recrutement ?
Énormément. Chaque entraîneur possède sa philosophie et ses exigences. Lorsque j’étais au Portel, dans un contexte défensif différent, nous recherchions davantage des joueurs capables de tenir seuls leurs duels. Avec Alexandre Ménard, les besoins tactiques et la lecture collective du jeu prennent une place particulièrement importante.
En fonction du projet de jeu, nous ne recrutons donc pas les mêmes joueurs. Notre rôle est de préparer des jeunes capables de répondre aux attentes du groupe professionnel et, à terme, d’y trouver leur place.
Crédits Photo : BBD Association
